Monde - Numéro du 14 décembre 2018

Accalmie relative des marchés

La semaine a été notamment marquée par la réunion de la BCE, qui n’a pas réservé de grandes surprises. Mario Draghi a confirmé l’arrêt du programme de rachat d’actifs à la fin de l’année. Il a annoncé des prévisions de croissance et d’inflation sous-jacente revues légèrement à la baisse, tout en rappelant la flexibilité de la politique monétaire en fonction de l’évolution des conditions macroéconomiques. L’option des TLTRO demeurerait une possibilité dans le futur et Mario Draghi a précisé que les taux directeurs seraient inchangés « au moins jusqu’à l’été 2019 ». Une première hausse du taux de dépôt est donc envisageable pour la seconde moitié de 2019, en fonction de l’évolution des pressions inflationnistes.

Sur le front des données macroéconomiques, on notera des indicateurs économiques chinois décevants, suggérant la poursuite du ralentissement. En particulier, la faiblesse des ventes de détail peut nourrir du scepticisme quant à capacité de la demande interne à palier un commerce international moins dynamique sur fond de tensions commerciales. Au Japon, le chiffre du PIB du troisième trimestre est assez nettement révisé à la baisse (à -2,5% sur le trimestre en rythme annualisé, contre -1,2% précédemment) compte tenu surtout de la révision des chiffres de l’investissement privé. Aux États-Unis, l’inflation décélère, à +2,2% sur un an en novembre, contre +2,5% sur un an en octobre, compte tenu principalement de l’évolution des prix de l’énergie, tandis que le chiffre de l’inflation sous-jacente est stable (+2,2% sur un an). En zone euro, on peut souligner le rebond, même modeste, de l’indice de production industrielle au mois d’octobre, un signal positif pour la croissance de la zone au T4. La production du secteur automobile pèse moins fortement sur la production globale, comparativement au mois d’août et de septembre, laissant espérer des dommages seulement transitoires sur la demande et la croissance de la zone.

Par ailleurs, la proposition italienne d’un projet de budget plus en ligne avec les critères de Bruxelles aura soulagé les marchés du crédit cette semaine : le déficit/PIB 2019 serait fixé à 2,04% et non plus 2,4%. Les primes de risque des pays périphériques de la zone euro se resserrent, en particulier la prime de risque italienne (en recul d’environ vingt point de base, le taux 10 ans repasse ainsi sous la barre des 3%).

Les taux long core sont en revanche assez stables sur la semaine (Bund à 0,26% et OAT à 0,7%). La prime OAT/Bunds s’accroît légèrement, cf. crise des gilets jaunes, mais reste modérée, 42 bp. Sur le marché du crédit corporate en zone euro, les primes de risque se resserrent sur la semaine, en particulier sur le high yield et les financières subordonnées. Par ailleurs, aux États-Unis, la courbe des taux demeure très plate, avec un 3 mois à 2,79%, un 2 ans à 2,74% et un 10 ans à 2,88%.

Sur le marché des changes, les évolutions sont sans grandes convictions. L’euro cède un peu de terrain face au dollar, à 1,13, et monte légèrement contre la livre sterling compte tenu des incertitudes renouvelées sur les modalités du Brexit, Theresa May ayant annoncé le recul de la date du vote de la Chambre des Communes sur l’accord trouvé avec les Européens. Le vote de confiance du parlement en faveur de Theresa May au cours de la semaine aura cependant contribué à réduire à la marge les incertitudes sur la situation politique domestique au Royaume-Uni et à soulager la livre sterling.

Enfin, les principaux marchés actions montent très modestement cette semaine notamment l’Eurostoxx 50 et le S&P 500, en hausse respective de 0,7% et 0,9%. Le Brent se replie un peu (-1,2%, à 61 dollars) ainsi que l’once d’or (-0,6%, à 1239).

Zone euro

Léger rebond de la production industrielle de la zone euro au mois d’octobre

UEM : production industrielle

Sources : Eurostat, Crédit Agricole S.A.

La production industrielle en zone euro a augmenté de 0,2% sur un mois en octobre, après avoir connu une baisse de 0,6% le mois précédent. Ce rebond résulte d’une hausse de la production des biens d’équipement (+1% sur un mois), des biens de consommation durables (+0,4%), et des biens intermédiaires (+0,2%), tandis que la production en biens de consommation non durables s’est stabilisée. La production industrielle s’est améliorée au mois d’octobre en France (+1,2%), en Espagne (+1,2%), en Italie (+0,1%) et aux Pays-Bas (+0,7%), mais elle s’est détériorée pour le deuxième mois consécutif en Allemagne (-0,6%). En rythme annuel, l’indice global signale une accélération de la production industrielle de la zone dans son ensemble alors que le détail par pays est disparate. En effet, l’Allemagne, la France et l’Espagne enregistrent une amélioration de leur production industrielle en rythme annuel, alors que l’Italie et les Pays-Bas subissent une détérioration de leur activité industrielle. Par secteurs d’activité, au niveau agrégé de la zone euro, on constate une contribution plus positive de la fabrication de machines et d’équipements et une moindre contribution négative du secteur automobile, ce qui permet de tirer l’indice manufacturier global à la hausse.

Notre opinion

Le rebond, même modeste, de l’indice de production industrielle de la zone euro au mois d’octobre est un signal positif pour la croissance de la zone au T4. La production du secteur automobile pèse moins fortement sur la production globale, comparativement au mois d’août et de septembre, laissant espérer des dommages seulement transitoires sur la demande et la croissance de la zone.

France : la production industrielle se redresse en octobre (+1,2% par rapport à septembre)

France : Production industrielle

Sources : Insee, Crédit Agricole S.A.

En octobre, la production industrielle repart à la hausse (+1,2% sur un mois), après un recul significatif en septembre (-1,6%). Ce rebond est notamment visible dans l’industrie manufacturière (+1,4%, après -1,9%). Sur un mois, tous les grands secteurs, à l’exception du secteur « cokéfaction et raffinage » voient leur production s’améliorer, mais ce mouvement ne compense pas la forte baisse observée par ces mêmes secteurs en septembre.

Sur les trois derniers mois par rapport aux trois mois précédents, la production industrielle a augmenté de 0,2% (0,1% pour la production manufacturière), notamment grâce au poste « cokéfaction et raffinage », alors que la production décline dans les matériels de transport et dans les industries agro-alimentaires.

Enfin, sur les trois derniers mois, comparés aux trois mêmes mois de l’année précédente, la production industrielle et la production manufacturière sont en légère baisse, à -0,1%, ce qui se justifie notamment par les mauvaises performances de l’industrie agroalimentaire (-2,4%).

Notre opinion

Après une chute spectaculaire en septembre, la production industrielle repart légèrement à la hausse en octobre, insuffisamment cependant pour compenser les mauvais résultats du mois précédent. Malgré cette contre-performance en septembre, la production industrielle est en hausse sur les trois derniers mois par rapport aux trois mois précédents. L’acquis de croissance pour le dernier trimestre est de +0,2%. Notons toutefois que, compte tenu des impacts du mouvement des gilets jaunes sur l’activité, notamment dans le commerce et le tourisme, la croissance du PIB au quatrième trimestre est révisée de 0,4% à 0,2%.

France : le déficit se réduit à 4,1 milliards d’euros en valeur en octobre

France : commerce extérieur

Sources : Insee, Crédit Agricole S.A.

En octobre, le déficit commercial en valeur se chiffre à 4,1 milliards d’euros, se réduisant de 1,4 milliard par rapport à septembre. Cette amélioration se justifie par une hausse des exportations (+2,5 milliards, soit +6,2% sur un mois après -1,5% en septembre) plus importante que la hausse des importations (+1,2 milliard, soit +2,5%, après -1,7% en septembre).

Dans le détail, l’amélioration du solde commercial est d’abord portée par les industries aéronautique et navale et, dans une moindre mesure, par les industries pharmaceutique, chimique, agricole et agroalimentaire. S’agissant du secteur énergétique, l’amélioration liée à de moindres approvisionne-ments en hydrocarbures naturels est atténuée par la progression des achats de produits pétroliers raffinés.

On observe cependant une légère détérioration du solde commercial dans l’industrie automobile.

Par zones, le solde commercial vis-à-vis de l’Asie et des Amériques est tiré vers le haut par les industries navale et aéronautique, tandis qu’il se contracte vis-à-vis du Moyen-Orient, du fait de la baisse marquée des ventes dans l’aéronautique, au Qatar notamment.

Notre opinion

Le déficit commercial reste très marqué, mais se contracte légèrement. En moyenne, sur les trois derniers mois, par rapport aux trois mois précédents, le solde commercial s’améliore faiblement, passant de -5,3 milliards d’euros à -5 milliards. De même, sur les dix premiers mois de 2018, le déficit cumulé se chiffre à 52,8 milliards, contre 54,9 milliards pour les dix premiers mois de 2017

Europe centrale et orientale, Asie centrale

Turquie : 2019, année dangereuse

À tous points de vue. Au niveau économique d’abord, avec un ajustement de la croissance du PIB qui s’annonce violent. Les chiffres du troisième trimestre sont tombés et pointent une baisse de 1,1% par rapport au trimestre précédent. Et pour comprendre le risque politique que cela représente, gardons bien en tête que le PIB augmentait de 7,2% au premier trimestre…

Récession, donc, pour l’année prochaine, c’est confirmé. Reste à en connaître l’ampleur, certains analystes vont jusqu’à parier sur du -3%. Seul effet positif de l’ajustement, un déficit courant qui se contracte vite et qui allège donc un peu, mécaniquement, les pressions sur la devise. On imagine difficilement qu’un tel ralentissement n’ait pas de conséquences sur le résultat des élections locales qui auront lieu l’année prochaine, et sur la popularité du président Erdogan en général.

À moins que ? À moins que ce dernier n’aille chercher dans une aventure militaire en externe la légitimité qui risque de lui faire peu à peu défaut en interne. Et cela pourrait bien être le cas avec la menace d’intervention contre les Kurdes de Syrie, qu’Ankara brandit depuis quelques jours et qui a déjà fait réagir très négativement le porte-parole du pentagone américain.

Notre opinion

La Turquie va donc encore nous occuper en 2019, que ce soit à cause de sa conjoncture intérieure, des élections locales, de la question kurde en Syrie, et de ses relations avec les États-Unis, d’une façon générale. La marge de manoeuvre du pays en matière de rating souverain se situe dans sa faible dette publique et dans la capacité de son tissu industriel à profiter très vite des effets des dépréciations monétaires sur les marchés extérieurs (il ne serait donc pas étonnant que la croissance soit plus forte que prévue en 2020, renforcée, qui plus est, par un effet de base). Quant aux banques, elles sont sous surveillance, mais évidemment pas dans la même situation que pendant la crise de 2001, avec un niveau de créances douteuses limité, et des ratios de capitalisation et de liquidité qui tiennent pour l’instant le coup face à la crise actuelle. Mais restons prudents quant à la qualité des statistiques turques, qui nous ont déjà réservé des surprises il y a deux ans, avec une révision brutale de plusieurs séries importantes de comptabilité nationale.

Bref, ce pays cumule incertitude politique et économique, et 2019 ressemble bel et bien à un tunnel. Il va falloir jouer fin pour Erdogan. Ce n’est pas tout à fait sa spécialité…

Ukraine : où en est la crise de la mer d’Azov ?

Dans une phase où chacun prend position, mais où chacun semble également conscient de la gravité de toute action irréfléchie. C’est heureux : l’escalade diplomatique, pour l’instant, est stoppée. Car ce que cette crise nous a montré, avant toute chose, c’est la gravité de la relation russo-ukrainienne. Mais nous allons devoir vivre encore longtemps dans cette ambiance, à la merci du moindre incident, ou de la moindre maladresse diplomatique.

En effet, il y a d’autres conflits plus ou moins « gelés » dans la région, ou disons, des zones où il est difficile de distinguer la logique du droit international de celle de la géopolitique, mais aucun n’a la même portée internationale que la question ukrainienne : Nagorno Karabagh en Azerbaïdjan, statut de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, pour ne pas parler de sujet comme la souveraineté du Kosovo dont l’indépendance n’est pas reconnue par tous les pays européens...

Alors où en est-on ? La Russie n’a pas bougé sur la question des navires et le président ukrainien est en train de faire une série de rencontres, notamment avec les représentants de l’Otan. Quant à l’UE, elle est prête à s’engager dans une aide financière pour les régions sinistrées, mais elle est de plus en plus divisée sur la question de nouvelles sanctions contre la Russie. Ce point est d’ailleurs en passe de devenir un sujet de politique intérieure allemande.

Notre opinion

LDans ce contexte diplomatique, les élections ukrainiennes vont être à haut risque, totalement incertaines pour l’instant quant à leur issue. La conclusion d’un nouvel accord Stand By de 3,9 Mds USD sur quatorze mois par le FMI le 18 décembre devrait cependant aider le pays à traverser cette période politique difficile, en maintenant un change plus ou moins stable...

Kosovo : « une semaine de la guerre » qui aurait pu inspirer Hergé, mais on sait depuis 1914 que certains bruits de bottes ne sont pas drôles du tout…

La semaine dernière, le Parlement kosovar a voté la création d’une armée, décision majeure pour un pays dont la souveraineté n’est pas reconnue par son voisin serbe, ni par les Russes d’ailleurs. Surtout, cette décision a enthousiasmé la population et les médias, qui ont salué « la semaine de l’armée ». Et cela fait écho aux prises de position du président Vucic à propos de la délicate idée qui consiste à se demander comment chasser du pays les 120 000 Serbes qui y vivent encore. En Serbie, certains tabloïds ont d’ailleurs considéré que cette décision était une forme de déclaration de guerre.

Quant à l’Otan, l’organisation semble bien embarrassée, puisque la KAFOR garantit la sécurité du Kosovo depuis vingt ans, et que certains de ses membres n’en reconnaissent d’ailleurs pas la souveraineté, comme l’Espagne, la Roumanie ou la Grèce...

Notre opinion

L’Otan est embarrassée dans ce dossier, mais ne l’est pourtant pas dans la région, où son influence s’étend depuis quelques années, suscitant une colère grandissante des Russes. Ainsi, l’intégration du Monténégro en 2017 était une décision étonnante, quand on sait que 60% du parc immobilier local est russe et que la Russie considère ce pays, historiquement, comme « une petite soeur ». Mais le Monténégro n’en est pas à une contradiction près, puisque ce pays est aussi l’un des passagers clandestins de la zone euro, s’étant « euroisé » de son propre fait, et depuis longtemps.

De la même façon, les dossiers de l’intégration de la Macédoine et de la Bosnie sont sur la table de l’Otan et ne seront pas des dossiers faciles dans le nouveau contexte diplomatique international. Notons d’ailleurs que la Serbie est l’un des seuls pays de la zone qui tienne à sa neutralité, reprochant à l’Otan les bombardements de Belgrade et la reconnaissance de la souveraineté du Kosovo...

Bref, les Balkans sont entrés dans le XXIe siècle à l’état de puzzle diplomatique et ils le resteront encore longtemps. Mais il faut bien dire qu’on les aide un peu à cela...

Asie

Inde : pas invincible

Inde : bourse et roupie

Sources : BSE, Reuters

Le BJP, le parti de M. Modi, vient de perdre les élections régionales au Rajasthan, au Madhya Pradesh et au Chhattisgarh, trois États du centre de l’Inde et hindiphones. Le revers est d’autant plus sévère pour la formation du Premier ministre, qu’elle tenait jusqu’à présent ces trois régions haut la main, avec une large majorité. Au Rajasthan, le BJP détenait 163 sièges, il n’en conserve que 73. Au Madhya Pradesh, il passe de 165 à 109 sièges. Et au Chhattisgarh, il perd plus des deux tiers de ses sièges, pour n’en garder que 15 (au lieu de 49 précédemment).

À l’inverse, le Congrès, emmené par Rahul Gandhi, sort grand vainqueur de ces élections, en remportant respectivement 99, 114 et 68 sièges, contre 21, 58 et 39 à l’issue des précédents scrutins.

Notre opinion

Si les différentes élections régionales qui se sont succédé ces quatre dernières années ont pu le faire croire, avec en sus le Congrès fréquemment en déroute, non, le BJP n’est pas invincible. Parmi ses principaux points faibles : le bas niveau actuel des prix des denrées agricoles et derrière des revenus des paysans, et le manque de créations d’emploi – malgré son dynamisme, l’Inde ne croît pas assez vite (une croissance minimum de 8% serait nécessaire) pour « absorber » les nouveaux entrants sur le marché du travail chaque année (environ 12 millions) et pour faire reculer la pauvreté.

On comprend en tout cas que cette lourde défaite et, a contrario, cette large victoire du Congrès redonnent de la crédibilité à ce dernier, ainsi à même de redevenir un allier intéressant pour les différents partis régionaux influents à l’approche de l’élection générale du printemps prochain. Autrement dit, ces résultats électoraux pourraient inciter l’opposition à mieux s’organiser et se structurer au cours des semaines à venir. Et celle-ci, ainsi, de présenter une plus grande menace pour le BJP. La réélection de M. Modi en 2019 ne faisait pas beaucoup de doute il y a encore quelques mois, et même quelques semaines de cela. Un peu plus de circonspection quant à une telle issue s’impose à présent ; même si cette éventualité reste a priori la plus probable dans l’immédiat.

On comprend aussi que le gouvernement, déjà dans cette démarche, pourrait « relâcher » un peu plus sa politique économique au cours des semaines à venir, en vue de l’élection générale, multiplier les mesures populistes, notamment en direction des fermiers (l’annulation de leur dette et l’achat de produits agricoles sont d’ores et déjà évoqués), des petits commerçants/petites entreprises et des plus pauvres, quitte à sacrifier l’objectif budgétaire pour l’année fiscale en cours (3,3% du PIB). M. Modi pourrait en outre compter sur l’appui de la Banque centrale (RBI), puisque consécutivement au différend qui l’oppose depuis plus d’un mois à la RBI quant à la politique monétaire à suivre, le gouverneur M. Patel a démissionné cette semaine pour être quasi immédiatement remplacé par M. Das, un ancien fonctionnaire et collaborateur de M. Jaitley, le ministre des Finances. Il y a en tout cas des craintes, dans l’immédiat, pour l’indépendance et la crédibilité de la Banque centrale, ainsi que pour la poursuite de la consolidation des bilans bancaires (le gouvernement pourrait notamment pousser en faveur d’une hausse des prêts aux petites entreprises créatrices d’emploi), pourtant nécessaire.

On comprend enfin, dans ce contexte, que les marchés indiens, déjà perturbés ces derniers jours par la démission de M. Patel, risquent de rester nerveux d’ici au scrutin général du printemps 2019, et la roupie indienne volatile/sous pression.

Afrique du Nord, Moyen-Orient

Égypte : des réformes monétaires pour libéraliser les flux de capitaux

Egypte : Solde courant et IDE

Sources : CBE, Crédit Agricole S.A.

Les autorités monétaires et ministérielles égyptiennes viennent de prendre coup sur coup deux mesures visant à libéraliser un peu plus le régime de change et de contrôle des capitaux, en annulant le mécanisme de rapatriement des fonds pour les investisseurs étrangers et en supprimant le taux de change administré à 16 livres par dollar américain pour les importations de produits qui ne sont pas de première nécessité. Jusqu’à présent, le taux de change administratif fixé pour les importations s’établissait au cours de la livre à 16 par USD, alors que le taux de change de marché fluctue autour de 18.

Notre opinion

Ces réformes envoient aux marchés, aux acteurs financiers et aux entreprises le message que la stabilisation de l’économie est désormais suffisante pour adopter des normes monétaires et financières plus proches du libéralisme économique et reposant désormais presque exclusivement sur l’équilibre du marché interbancaire. Elles reviennent également à tester les réactions des investisseurs dans le but d’attirer les investissements directs étrangers qui peinent à se développer actuellement. Effectivement, les IDE stagnent à 7,4 Mds USD de flux annuels, en partie en raison d’une trop forte inflation qui devrait s’établir à plus 15% en moyenne en 2018.

Égypte : l’informel en question

Le vice-gouverneur de la Banque centrale, Gamal Negm, a demandé à la Banque mondiale et au FMI d’intégrer l’informel dans le montant total du PIB. Il a estimé son calcul lors d’une conférence de presse entre 40% et 50% du PIB. La sphère informelle est, par nature, ce qui échappe au contrôle de l’État (l’économie grise) et donc à l’impôt. Non prise en compte dans le PIB, elle tire souvent son origine dans la faible capacité d’embauche du secteur légal et les défaillances de l’État à assurer efficacement son rôle régalien (services publics de qualité modeste, bureaucratie souvent tatillonne, impôts excessifs). Si cette demande reçoit une réponse favorable de la part des multilatéraux, le PIB de l’Égypte pourrait s’établir à 375 Mds USD, au lieu des 250 Mds USD actuels (prévision 2018).

Notre opinion

Les conséquences d’une forte économie grise, étudiées depuis longtemps, sont assez connues et elles ne sont pas toutes négatives, puisque le secteur informel peut aussi servir d’amortisseur social en temps de crise et absorber le trop plein de demandes d’emploi, qui sinon viendrait gonfler le nombre de chômeurs. Mais dans son ensemble, le manque à gagner fiscal pour l’État, les liens avec la corruption et la fuite des capitaux ou les distorsions de prix, qui affectent le marché, entament largement le développement des pays émergents. Cette prise en compte semble donc très irréaliste, compte tenu du fait que la sphère informelle est par nature opaque et cachée et qu’elle concerne pour l’essentiel le secteur agricole, les PME et l’emploi précaire. Il semble également peu probable que cela soit autorisé par le FMI, qui préconise plutôt une réduction de l’informel, plutôt que sa « légalisation », même si elle n’est que statistique.

Émirats Arabes Unis-Ajman : première émission souveraine en dollar

L’émirat d’Ajman, le plus petit de la fédération des sept émirats, a annoncé qu’il émettrait de la dette souveraine sur les marchés internationaux en dollar en 2019, à la fois sous la forme d’obligations classiques et de titres islamiques sukuks. Ce sera le cinquième des émirats à émettre en devises après Abu Dhabi, Dubaï, Charjah et Ras El Khaïmah. L’émirat ne dispose pas de rating de la part des agences à ce stade. Les Émirats ont adopté en octobre dernier une loi autorisant la fédération à émettre de la dette au nom de l’ensemble des sept entités qui la constitue.

Notre opinion

Ceci devrait apporter une certaine liquidité au marché interbancaire.

Afrique sub-saharienne

Afrique du Sud : un rebond de croissance au troisième trimestre 2018

La croissance de 2,2% du PIB au troisième trimestre (par rapport au trimestre précédent) permet au pays de sortir de la récession. La croissance du PIB du pays avait décéléré de respectivement 2,6% et 0,7% aux premier et deuxième trimestres de 2018, illustrant la mauvaise santé de son économie.

L’embellie économique enregistrée durant le troisième trimestre découle essentiellement des bonnes performances des secteurs de l'industrie, de l'agriculture et du transport. En revanche, le secteur minier (qui représente environ 8% du PIB du pays) enregistre une contraction de 8,8%. La baisse du prix des matières premières, couplée à la réduction de la demande chinoise, a participé à la réduction de la production des trois principaux minerais exploités en Afrique du Sud (or, fer et platine). Par ailleurs, la forte volatilité du rand ainsi que l’instabilité réglementaire ont découragé les investissements dans ce secteur, pesant sur la production et la productivité.

Au final, la croissance a été tirée par la consommation publique, mais surtout privée (favorisée par la modération de l’inflation), qui reprend son rôle de moteur de la croissance. L’investissement continue, quant à lui, de contribuer négativement à l’activité économique.

Notre opinion

À quelques mois des élections législatives prévues au premier semestre 2019, ce rebond de croissance constitue une bonne nouvelle pour le président Cyril Ramaphosa qui a promis de redresser l'économie et de faire revenir les investisseurs étrangers.

Après avoir enregistré des taux de croissance de l'ordre de 5% entre 2004 et 2007, l'économie sud-africaine est en berne depuis quelques années, en raison notamment de la chute des cours des matières premières, de la propagation de la corruption et de la multiplication des mouvements sociaux dans des secteurs stratégiques comme les mines et l’industrie. Excepté pour le dernier trimestre de 2017, l’investissement a constamment diminué depuis le début 2017, ce qui est préoccupant pour la croissance future. Il reste pénalisé par un contexte international peu favorable aux pays émergents et par un climat des affaires domestique qui peine à s’améliorer, marqué notamment par de nombreuses incertitudes dans le contexte des futures élections législatives. L’économie sud-africaine devrait terminer l’année 2018 avec un taux de croissance autour de 0,7%, une performance très médiocre. Les prévisions pour 2019 et 2020 sont respectivement de 1,5% et 2%.

Côte d’Ivoire : création d’un comité dédié au suivi des financements chinois

Afin d’accompagner au mieux les projets financés ou cofinancés par leurs partenaires chinois, les autorités ivoiriennes ont décidé de créer un comité de suivi. Les missions de ce nouveau comité concernent la supervision, la coordination et le suivi du portefeuille de projets financés par la Chine. Ceci, afin d’améliorer et à accroître le taux d’absorption des financements disponibles. L'information a été transmise par Sidi Tiémoko Touré, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

Toutefois, le décret qui annonce la création du comité n’apporte que peu de précisions sur l’organisation et le fonctionnement de cette nouvelle entité, à commencer par la date de sa mise en route. Seul élément, cette entité sera composée de représentants chinois et ivoiriens.

Les accords bilatéraux entre la Côte d’Ivoire et la Chine prévoient le financement de 14 projets (plus de 6 Mds USD d’investissements chinois), dont le niveau moyen d’achèvement est de 43%. Les programmes comprennent notamment l’extension du port d’Abidjan et la construction d’un parc industriel./p>

Notre opinion

La création de cette nouvelle institution s’inscrit dans une ambition commune sino-ivoirienne de renforcer la coopération économique entre les deux pays. La création d’un comité avait déjà fait l’objet d’une discussion entre les deux chefs d’État ivoirien, Alassane Ouattara, et chinois, Xi Jinping, en septembre 2018, en marge du Forum sur la coopération Chine-Afrique à Beijing. Cependant, en créant un comité dédié au suivi des financements en provenance de Chine, le pays témoigne d’une inquiétude qui s'étend peu à peu à tout le continent. Les financements de Pékin en Côte d’Ivoire, comme ailleurs en Afrique, sont de plus en plus élevés. L’Afrique en a besoin, mais certains pays commencent à être plus regardants sur leurs résultats. Fin 2017, la dette publique (intérieure et extérieure) de la Côte d’Ivoire était de 42,7%. C’est inférieur au plafond de 70% du PIB fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (ratio maximum d’endettement équivalent aux critères de Maastricht).


Pôle Études Économiques Crédit Agricole