Monde - Numéro du 31 mai 2019

Parlement européen : que fera la majorité européiste ?

Les sondages ont été confirmés : une nette majorité européiste domine toujours le Parlement européen. Les citoyens se sont déplacés pour ces élections européennes, montrant qu’ils se sentent concernés. Ils ont envoyé un message clair : l’Union européenne (UE) doit être un acteur, pas seulement les États. Elle doit leur apporter des résultats et pas seulement aux électeurs europhiles. D’ailleurs, les eurosceptiques attendent davantage de preuves que l’Europe peut remporter des succès.

La situation géopolitique mondiale offre à l’UE une opportunité inespérée. Celle de démontrer que la coopération peut augmenter son levier géopolitique. Elle apporte aussi de nouveaux défis et demandera d’investir de nouveaux champs d’action avec peu de ressources supplémentaires. Il faudra donc faire preuve d’efficacité, mais aussi réviser les priorités.

Le grand loto européen : qui gagnera l’euromillion ?

Les premières étapes, à peine débutées, seront la constitution des groupes parlementaires européens, la formation de la nouvelle majorité parlementaire et la nomination de la nouvelle Commission européenne. L’absence d’une majorité traditionnelle (Parti populaire européen, PPE, et Socio-démocrates, S&D), oblige à élargir le compromis qui a gouverné le Parlement européen depuis son élection directe en 1979. Il faudra prendre en compte les libéraux (ADLE) et peut-être les Verts pour une majorité plus ample. Cette semaine, le président du Conseil européen D. Tusk a commencé à entendre les chefs d’État sur leurs souhaits concernant la présidence de la Commission européenne. Les Traités prévoient une double légitimation pour ce poste, avec le Conseil européen qui désigne un président en tenant compte du résultat de l’élection du Parlement européen, ce dernier fournissant la validation finale. Cependant depuis 2014, a été introduit davantage d’automatisme dans cette nomination, par la désignation en amont des têtes de listes de chaque parti politique européen, les Spitzenkanditaten, dont celle du parti ayant gagné le plus de votes serait mécaniquement désignée à la présidence de la Commission. Ce changement devait répondre au besoin de renforcer la légitimité démocratique de la Commission et à augmenter la lisibilité du scrutin européen pour lutter contre l’abstention croissante. Mais le Conseil européen s’est prononcé contre la poursuite de ce processus et a revendiqué un retour à plus de liberté d’action, afin de mieux prendre en compte les qualités de leadership des candidats et leur expérience. Le rééquilibrage des forces européennes et la nécessité d’élargir la majorité semblent rendre caduque l’expérience des Spitzenkanditaten (encore fortement soutenue par le PPE, mais aussi par le Parlement européen et la Commission). Le besoin d’un équilibre entre partis, pays et institutions, dans un contexte où sont à renouveler le mandat du président du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, la présidence du Conseil européen et naturellement celui du Haut-représentant de la politique extérieure de l’UE, va jouer en faveur d’une plus forte liberté d’action du Conseil, c’est-à-dire des États.

La prochaine Commission : voir plus loin

Jamais autant qu’aujourd’hui il ne s'est agi de travailler à forger une vision unique de la stratégie globale de l’UE, de redessiner en profondeur son fonctionnement, ses priorités, ses missions. Car l’UE est menacée et son action s’inscrit dans un monde où les considérations géopolitiques sont primordiales. Le multilatéralisme sur lequel elle s’est construite, avec le soutien des États-Unis, est remis en cause par l’administration Trump. Celle-ci met en risque la relation de sécurité militaire avec l’Europe, dans le but d’augmenter son levier dans la négociation de nouvelles conditions commerciales. Le modèle économique chinois impacte la capacité du continent à rester compétitif. Le rôle de l’État chinois (gouverné par le Parti), en tant qu’acteur stratégique, met en danger une UE (gouvernée par des règles), qui considère que les acteurs n’agissent que dans leur propre intérêt purement économique.

S’il y a eu une prise de conscience de la menace chinoise, et un consensus existe sur ce point au sein du Conseil et de la Commission, s’agissant de la menace américaine, les pays sont plus divisés, car les États-Unis restent le pourvoyeur principal de sécurité dans l’UE. Il faudra trancher : soit l’UE peut se permettre une politique commerciale (et par conséquent de défense) indépendante des États-Unis, soit il faudra traiter les questions commerciales et sécuritaires ensemble (à noter que dans le Conseil le vote sur les questions de sécurité extérieure se fait à l’unanimité et que la proposition de vote à la majorité a été rejeté récemment à Sibiu).

Un changement de paradigme est aussi en cours sur la politique industrielle. L’UE a toujours adopté une approche dite « horizontale » : créer les conditions nécessaires pour que les forces de marché puissent agir et créer leurs champions. En face, la Chine, et dans une moindre mesure les États-Unis, suivent une approche plus « verticale », de sélection des secteurs à promouvoir directement, servant une stratégie de croissance et de puissance de long terme pour la nation.

Si l’État stratège a toujours eu la cote en France, en Allemagne, la conception ordo-libérale a toujours prévalu, préconisant l’action décentralisée et individuelle des acteurs économiques privés, avec l’État simplement dans le rôle de garant de la stabilité et de la concurrence. Par ailleurs, le puissant tissu de PME a toujours vu d’un mauvais oeil le soutien et la promotion de grands groupes. Pourtant, c’est bien en Allemagne que A. Kramp-Karrenbauer, présidente de la CDU, a annoncé ce changement de paradigme dans la politique industrielle, que le ministre Altmeier a spécifié dans sa « stratégie industrielle nationale pour 2030 ». Le PPE a, par ailleurs, repris cette évolution, inscrivant dans son programme le concept d’économie sociale de marché adaptée au XXIe siècle et évoquant une politique industrielle et de la concurrence faisant naître des acteurs mondiaux et une protection des secteurs stratégiques.

Au service d’une souveraineté européenne ?

Cette prise de conscience et ce changement de paradigme auront des conséquences sur les alliances entre les groupes européens, mais aussi sur la réécriture des nouvelles missions de la Commission et sur le pouvoir de ses commissaires.

Le programme du PPE sur ces points n’a pas d’écho dans le programme des libéraux européens. L’arrivée du parti d’E. Macron dans ce groupe pourrait facilement créer une passerelle sur les questions d’articulation entre la politique industrielle et de la concurrence. Les Verts pourraient jouer un rôle dans la discussion, si la transition écologique pouvait figurer dans les domaines stratégiques (avec une alliance probable avec les industriels allemands sur la question du développement du secteur des batteries électriques). Les S&D peuvent aussi facilement entrer dans ce débat et trouver intéressante l’idée de la droite européenne d’un fonds européen de transition pour les chômeurs pour encourager les changements structurels liés à la mondialisation et à la digitalisation.

Enfin, les politiques étrangère, commerciale et industrielle ne pourront plus être des domaines indépendants. Une approche holistique des trois est nécessaire en fonction d’un agenda stratégique qui doit s’écrire en amont. Le contrôle des IDE en Europe ne pourra plus être laissé uniquement dans le camp de la politique de la concurrence. Des considérations de sécurité devront être prises en compte. Le rôle du Haut-représentant pour les Affaires étrangères et la sécurité pourrait être étendu, afin qu’il ait le dernier mot, en prenant en compte l’intérêt supérieur de l’UE. Des solutions européennes de financement alternatif devront être proposées aux pays membres. Un comité de souveraineté économique abordant les questions stratégiques de façon transversale aux différents commissaires pourrait aussi être envisagé, ainsi qu’une institution capable de mettre en oeuvre des sanctions.

Bref, le grand jeu des chaises musicales pour les postes-clés de l’UE, devra répondre à des logiques bien plus complexes que le simple pouvoir relatif des partis.

Zone euro

France : croissance annuelle 2019 révisée à la hausse à 1,5% au regard des comptes détaillés du PIB du T1

France : croissance du PIB

Sources : Insee, Crédit Agricole S.A.

Compte des ménages

Le revenu disponible des ménages (en valeur) ralentit légèrement au premier trimestre à 1% (après 1,3% au quatrième trimestre). Pourtant, la masse salariale connaît une progression dynamique (1,1% sur le trimestre, après 0,6%), sous l’effet du versement de primes exceptionnelles par certaines entreprises. Les prestations sociales en espèces accélèrent légèrement, compte tenu de la revalorisation de la prime d’activité. À l’inverse, les impôts sur le revenu et le patrimoine bondissent en raison principalement du contrecoup de la baisse de la taxe d’habitation fin 2018. Les prix à la consommation sont en hausse modérée (0,2%). Par conséquent, le pouvoir d’achat des ménages est en forte hausse (0,9%, après 1,1%). La croissance de la consommation des ménages est nettement plus mesurée (0,4% sur le trimestre, après 0,3%). En effet, le taux d’épargne augmente de nouveau (15,3% du revenu, après 14,9% au T4 2018).

Comptes des entreprises

Le taux de marge des sociétés non financières augmente fortement et atteint 32,6%, après 31,5%. Cette évolution se justifie par la bascule, début 2019, du CICE en dispositif d’exonération de cotisations sociales employeurs, permettant un gain ponctuel de 20 milliards d’euros (du fait du cumul des deux dispositifs en 2019). La contribution négative des salaires réels sur les marges, en raison du versement de primes exceptionnelles, est compensée par l’amélioration des termes de l’échange et des gains de productivité. Le taux d’investissement est relativement stable au premier trimestre à 24,3%, après 24,4%.

Produit intérieur brut

L’estimation de la croissance du PIB en volume au premier trimestre est confirmée, à 0,3% sur le trimestre, mais est révisée à la hausse pour le T4 2018 (0,4%, contre 0,3% estimé précédemment). La demande intérieure finale (hors stocks) contribue pour 0,4 point à la croissance du PIB (même rythme qu’au T4). Le solde extérieur pèse modérément sur la croissance du PIB (-0,3 point, contre +0,3 point au trimestre précédent). À l’inverse, les variations de stocks y contribuent positivement (+0,3 point, contre -0,2 point au T4).

Notre opinion

La croissance du PIB au T1 intervient dans un contexte de détérioration de la croissance mondiale et notamment de ralentissement de nos partenaires européens, ce qui pèse sur l’activité. Les comptes détaillés confirment une croissance de 0,3%, en léger freinage par rapport au T4 2018 (0,4%, chiffre révisé à la hausse par l’Insee), et une forte progression du pouvoir d’achat, 0,9%.

Cette hausse, résultant principalement des mesures mises en place par le gouvernement en réponse à la crise des gilets jaunes, ne se répercute que partiellement sur la consommation des ménages (en hausse de 0,4%), tandis que le taux d’épargne augmente à 15,3%.

Les exportations sont affectées par le freinage de la demande mondiale et le contrecoup des livraisons aéronautiques dynamiques enregistrées fin 2018. L’acquis de croissance pour 2019 est de 0,8%. Au total, la croissance du PIB serait légèrement révisée en hausse de 1,4% à 1,5% en moyenne annuelle en 2019, après 1,7% en 2018 (chiffre révisé en hausse après 1,6% prévu initialement).

France : la consommation des ménages en biens rebondit en avril, +0,8%

France : consommation des ménages en biens

Sources : Insee, Crédit Agricole S.A.

La consommation des ménages en biens se redresse en avril (+0,8% sur un mois en volume, après -0,3% en mars et -0,5% en février). Sur les trois derniers mois par rapport aux trois mois précédents, la consommation des ménages en biens est en légère hausse (0,1%). Sur un an, elle est en hausse de 1,2%, après -1,9% le mois précédent.

Le rebond observé au cours du dernier mois se justifie par la hausse des dépenses de consommation alimentaire (0,8%, après -0,5% en mars) et la consommation d’énergie qui repart à la hausse (4% après -2,6% en mars et -3,2% en février). Toutefois, la consommation de biens fabriqués décroît légèrement (-0,4%, après 0,9% en mars et 0,4% en février), notamment dans l’habillement (-1,5%).

Notre opinion

La consommation en biens rebondit en avril et les perspectives demeurent assez bonnes, compte tenu d’une conjonction de facteurs favorables. L’acquis de croissance est de 0,4% en glissement trimestriel pour le deuxième trimestre. Les baisses de prélèvements inscrites dans la loi de finances et le plan de soutien mis en place à la suite de la crise des gilets jaunes (totalisant 13 milliards d’euros), ainsi que le repli de l’inflation (seulement 1,1% prévu en moyenne annuelle en 2019), ont pour effet de renforcer le pouvoir d’achat. Ce dernier progresserait de 2,6% sur un an en 2019.

À noter également que la confiance des ménages progresse à nouveau en mai, à 99, soit une hausse de 3 points par rapport au mois d’avril. Elle retrouve quasiment sa moyenne de long terme, notamment en raison d’une moindre inquiétude des ménages quant à leur niveau de vie et une amélioration de leur situation financière (passée et future, respectivement +2 et +3 points). On prévoit une progression de la consommation des ménages en 2019 à 1,4%, après 0,8% en 2018.

France : ralentissement de l’inflation à 1% sur un an en mai

France : inflation totale, sous-jacente et énergétique

Sources : Insee, Crédit Agricole S.A.

Sur un an, le rythme de la hausse des prix ralentit en mai par rapport au mois précédent (1%, après 1,3% en avril). Cela se justifie par un ralentissement des prix de l’énergie (3,4% sur un an, après 4,8% en avril), des services (0,7%, après 1%) et de l’alimentation (2,3%, après 2,5% en avril). Cette décélération des prix n’est que modérément compensée par l’accélération des prix du tabac (9,1%, après 8,1%), compte tenu de sa faible pondération dans l’ensemble IPC.

Sur un mois, les prix ralentissent légèrement en mai (+0,2%, après +0,3% en avril), en raison notamment du repli du prix des services et des transports ainsi qu’un ralentissement des prix énergétiques. À l’inverse, les prix de l’alimentation, des produits manufacturés et du tabac sont plus dynamiques que le mois précédent.

L'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), qui sert pour les comparaisons avec les autres pays de l'Union européenne, ralentit nettement à 1,1% sur un an (contre 1,5% en avril) et 0,2% sur un mois (contre 0,4% le mois précédent).

Notre opinion

En mai, l’inflation ralentit par rapport au mois précédent selon cette estimation provisoire. Au regard du ralentissement de la hausse des prix de l’ensemble IPC et de la décélération des prix de l’énergie, l’inflation sous-jacente (excluant les tarifs publics et les produits à prix volatils, notamment l’énergie) est probablement restée stable par rapport au mois précédent, à 0,7% sur un an. À noter également que l’inflation moyenne observée depuis janvier (1,2% sur un an) évolue à un rythme plus modéré qu’au cours de l’année 2018 (1,9% sur un an en moyenne), du fait du ralentissement des prix énergétiques. L’inflation devrait atteindre 1,1% en moyenne en 2019.

Zone euro : légère embellie de l’activité constatée dans les dernières enquêtes de mai

UEM : Indices du sentiment économique (ESI)

Sources : CE, Crédit Agricole S.A.

L’indice du sentiment économique en zone euro a rebondi à 105,1 points (après 103,9 points) au mois de mai, après dix mois consécutifs de baisse. Dans la grande majorité des secteurs, les entreprises ont jugé que la situation économique s’améliorait, que ce soit dans l’industrie, les services, la construction ou la confiance du consommateur. Néanmoins, le secteur du commerce de détail a enregistré une dégradation de l’environnement économique. Par typologie de biens, ce sont surtout les producteurs de biens de consommation qui affichent un regain d’optimisme au mois de mai, tandis que les producteurs de biens intermédiaires et de biens d’équipement sont davantage inquiets par un ralentissement de la demande. Le climat des affaires s’est particulièrement amélioré en France, mais également en Allemagne, en Italie ou en Espagne. Il est toutefois moins favorable aux Pays-Bas. Les perspectives de production dans le secteur industriel s’améliorent en Allemagne, en France et en Italie, mais le niveau de production attendu demeure proche du niveau observé au début de l’année 2016 et bien inférieur à celui atteint en 2018. Les opinions sur les carnets de commandes sont encore négatives en Allemagne et en Espagne, tandis qu’elles se redressent en France et en Italie. Les commandes industrielles à l’exportation suggèrent une dégradation de la demande extérieure dans ces mêmes pays. Les anticipations d’activité dans les services enregistrent cependant une amélioration de la demande.

Notre opinion

Les enquêtes de la Commission européenne signalent un léger redressement de l’activité en zone euro en mai, après dix mois d’évaluations pessimistes. L’activité dans le secteur industriel semble se redresser, même si les commandes n’affichent pas la même vitalité que l’an passé et que les commandes à l’exportation continuent d’être revues à la baisse. Il s’agit là d’un premier signe timide d’accélération de la croissance. Mais, il faudra sans doute patienter jusqu’au second semestre pour constater dans les chiffres de la production un net rebond du secteur industriel et espérer qu’il impulse son dynamisme à l’ensemble des activités.

Europe : quand les européennes jouent les trouble-fête au niveau national

Échec électoral pour certains, confirmation pour d’autres, les élections européennes n’ont pas été sans conséquences sur les scènes politiques nationales.

En Grèce, Alexis Tsipras a perdu son pari. Le Premier ministre grec s’était fixé comme objectif de réduire à 5 points l’écart entre son parti et la droite de Nouvelle Démocratie. Ce dernier aura été de 9 points, et confirme la perte de popularité du Premier ministre qui, en dépit des nombreuses mesures en faveur des classes moyennes, n’a pas pu enrayer la dynamique que prédisaient les sondages depuis deux ans. Face à cet échec, Alexis Tsipras qui espérait être le premier chef de gouvernement depuis la crise à mener à terme son mandat se voit contraint de convoquer des élections législatives, dont la date a été fixée au 30 juin.

Au Pays-Bas, la victoire surprise des travaillistes aux élections européennes devant le VVD, les populaires de Mark Rutte et le FVD, les souverainistes de Thierry Baudet pourrait rebattre les cartes au Sénat. Le parti travailliste socio-démocrate, PVDA, mené par la tête de liste Frans Timmermans, ancien leader des sociaux-démocrates, en Europe a obtenu 18% des voix, soit six députés européens. Les résultats des élections provinciales en février permettaient déjà de connaître une partie de la configuration de la Chambre haute, mais le vote du 26 mai est venu quelque peu les modifier. Sans surprise, la coalition gouvernementale a perdu sa majorité et les partis d’extrêmedroite et de droite nationaliste se sont renforcés. Le FVD a fait son entrée au sénat en obtenant douze sièges. Il n’est néanmoins pas la première force politique de la chambre comme cela avait été annoncé, d’autant qu’il pourrait souffrir de sa performance en demi-teinte aux européennes. Le VVD qui a récupéré un sénateur lors du vote de lundi obtient également douze sièges. Avec seulement six sénateurs, la percée des travaillistes aux européennes pourrait leur donner plus de poids au sénat. En effet, le PVA et Les écologistes de Groelink étaient tous deux pressentis comme des soutiens potentiels pour former une majorité sénatoriale. Avec cette nette victoire, les travaillistes pourraient bel et bien s’imposer comme un partenaire incontournable.

En Belgique, les électeurs ont pu à la fois choisir leurs maires, leurs députés nationaux, fédéraux et européens. Les enjeux nationaux ont dominé le scrutin. La fracture entre un sud vert et rouge et un nord de droite plutôt nationaliste s’est confirmée. Les sièges combinés du PS et du SPA lui permettent de se maintenir comme la première force politique du pays suivis par le NVA qui décroche 26 députés en Flandre. Il est talonné par le parti d’extrême-droite Vlaag qui s’impose comme le deuxième parti flamand avec dix-huit sièges. Les centristes accusent le coup et se sont vus délester de six sièges. Il est à présent sûr que Charles Michel ne pourra pas reconduire sa majorité. Le score des Verts dans la capitale vient consolider néanmoins le bloc progressiste qui pourrait se tourner vers les centristes ou les démocrates-chrétiens pour obtenir une majorité qui exclurait les deux premiers partis flamands.

En Espagne, enfin, le 26 mai a confirmé la suprématie du PSOE qui s’est imposé aussi bien pour les européennes que pour les municipales et les régionales, tandis que Podemos son allié a subi un net revers électoral. Avec ce score, Podemos pourra difficilement faire pression sur Pedro Sanchez pour rentrer au gouvernement. Le PP a fait amende honorable et est bien positionné pour reprendre les joyaux de la couronne. La région et la municipalité de Madrid pourraient, en effet, basculer à droite, si la liste PP de Madrid parvient à reconstituer la coalition andalouse. Pour le moment, Ciudadanos a annoncé son intention de soutenir le PP dans la capitale, mais exclut néanmoins de négocier avec Vox. Ce n’est pas qu’à Madrid qu’il a le dernier mot. Malgré un score peu probant de 7 sièges sur 54 aux européennes, les centristes de Ciudadanos sont les nouveaux faiseurs de roi et se retrouvent en position de force pour conclure des pactes régionaux. La perte de vitesse de Podemos les place en tant qu’allié privilégié aussi bien du PSOE que du PP, qui, tous deux, multiplient les appels du pied à la formation orange. Les présidences socialistes de Castilla y León, d'Aragon ou de Murcie dépendent de la formation d'Albert Rivera et une coopération plus large pourrait potentiellement déboucher sur un accord national.

Notre opinion

L’onde de résonance du scrutin européen n’a fait que mettre en lumière les clivages déjà présents dans certains pays de la zone euro. Avec les prochaines élections en Grèce, au Portugal et en Autriche2, les négociations pour former des majorités en Espagne et en Belgique, le cycle électoral en Europe n’est pas près d’être clos. Ces reconfigurations qui pourraient passer pour de simples remaniements électoraux masquent en fait des dynamiques bien plus structurelles, qui s’apparentent plus à une refonte des clivages.

En Espagne et Belgique, les mouvements sécessionnistes ne sont plus minoritaires et, en gagnant du terrain, ils imprègnent le débat. Les velléités indépendantistes, qui viennent s’ajouter au morcellement qui touche les systèmes politiques depuis la crise, posent la question de la gouvernabilité des deux monarchies parlementaires.

En Grèce, les conditionnalités inscrites dans le programme de soutien du MES limiteront fortement les marges de manoeuvre du nouveau gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche. C’est la question de la continuité dans les engagements pris par ce dernier qui pourrait poser problème. Alors que la croissance promise après le plan se fait attendre, la Grèce s’est en effet engagée à dégager un excédent primaire de 3,5% jusqu’en 2022. Cet objectif sera plus difficile à tenir dans un environnement européen plus dégradé.

Le Portugal continue d’être le bon élève de la zone euro. Les élections européennes ont confirmé la popularité de la coalition de gauche du gouvernement mené par António Costa qui devrait être reconduit en octobre. Mais cette adhésion électorale masque également la montée des revendications sociales et la multiplication des grèves qui dénoncent la pression fiscale et le gel des salaires dans la fonction publique que le gouvernement peine à apaiser.

Italie : une croissance molle et encore affectée par le déstockage au T1

Production industrielle : construction

Sources : Istat, Crédit Agricole SA

Estimé à 0,2% en avril, la croissance du PIB italien au premier trimestre 2019 ressort finalement à 0,1% en modeste accélération par rapport au dernier trimestre 2018 (-0,1% sur un an). La demande extérieure a contribué positivement à la croissance : les exportations ont augmenté de 0,2%, tandis que les importations ont reculé de 1,5%. La demande intérieure hors variation des stocks a également apporté une contribution positive. La consommation privée augmente de 0,1%, tirée par les services et les biens semi-durables. La consommation de biens durables et non-durables s’est réduite de 0,7% et 0,5% respectivement. La consommation des administrations publiques a progressé de 0,2%.

L’investissement a progressé de 0,6%, tiré par la construction résidentielle (2,5%), le non résidentiel (2,8%) et la propriété intellectuelle (1,6%). L’investissement en machines et équipements recule de 2,2%, celui en biens de transport de 5%.

Tout comme lors du quatrième trimestre, la variation des stocks a eu un impact très significatif sur la croissance. Le déstockage des entreprises a enlevé 0,6 point à la croissance du PIB au premier trimestre (l’investissement, la consommation et les exportations ont contribué positivement, de 0,1%, 0,1% et 0,5% respectivement).

Notre opinion

La croissance italienne ressort encore une fois plus faible que celle de ses partenaires européens (0,4% pour l’Allemagne, 0,3% pour la France au premier trimestre). Le commerce extérieur confirme le ralentissement global avec une croissance positive, mais très faible des exportations. Le problème réside toujours dans l’investissement, puisque le rebond observé au T4 n’a pas été confirmé. Bien que positive, la croissance des dépenses en investissement a été entièrement tirée par la construction, l’investissement productif ayant reculé sur le premier trimestre. La variation des stocks, qui dégrade très significativement la croissance du PIB pour le deuxième trimestre consécutif, répond encore à la dislocation de la production de l’été 2018, mais reflète aussi une incertitude croissante sur l’état de la demande intérieure et étrangère dans un environnement commercial global hostile et un cadre politique national difficile à lire.

Italie : Ligue ducet, le M5S se plie, la Commission et les marchés s’inquiètent

Un peu plus d’un an est passé depuis la formation du gouvernement jaune-vert et la situation économique paraît ne pas avoir changé. La croissance a fait du sur place au premier trimestre 2019, le PIB est à son niveau du T12018 voire un peu plus bas (-0,1%), le bras de fer avec la Commission recommence après l’accord atteint fin 2018. Mais finalement beaucoup a changé. L’inversion du rapport de forces entre les deux partis au gouvernement est actée par le résultat des élections européennes. La ligue double ses voix par rapport aux législatives de mars 2018 et à 34,3% des votes devient le premier parti. Le M5S ne récolte que 17,1% des votes, soit 15,8% de moins qu’aux législatives et recule de la position de premier à celle de troisième parti. Le Parti démocrate résiste et avec 22,7% gagne 4% par rapport à mars 2018 et se positionne comme la deuxième force. Le parti de Berlusconi Forza Italia continue de perdre des voix, alors que les Fratelli d’Italia en gagnent, rendant l’option d’une coalition de droite sans Berlusconi plus probable. La plupart des voix gagnées par la Ligue viennent du M5S et de l’abstention, mais aussi de Forza Italia. La plupart des électeurs perdus par le M5S se sont réfugiés dans l’abstention, peu d’entre eux ayant rejoint le Parti démocrate.

Finalement le résultat du scrutin a été plus positif qu’anticipé pour la Ligue qui aujourd’hui a les mains libres pour dicter son agenda : l’autonomie différentiée des régions, la flat tax (impôt à taux unique), la relance des grands chantiers d’infrastructure, dont la controversée ligne Lyon-Turin.

Autant de couleuvres à avaler pour le M5S qui s’opposait à la ligne Lyon-Turin, qui défendait une progressivité de l’impôt et qui voit son électorat du sud (où il reste le premier parti) très soucieux de l’affaiblissement de la péréquation entre régions qui pourrait découler de l’autonomie différenciée profitant surtout au nord.

À ce jour, le M5S semble accepter de baisser le ton et l’échine ayant le choix entre l’implosion dans les urnes (en cas d’élections anticipées) ou au gouvernement. Pour la Ligue, c’est pratique de profiter d’un « sleeping partner » auprès duquel pouvoir éventuellement encore siphonner des voix. Mais son avancée est pour l’instant virtuelle, puisque les Chambres ont encore la majorité de mars 2018 (avec seulement 4 voix d’avance au Sénat) et la volatilité de l’électorat est un risque à prendre en compte dans le choix de ne pas consolider le résultat des européennes dans les urnes. Le temps pourrait être utile au M5S pour remonter la pente en retrouvant un cheval de bataille cher à sa base, qu’il pourrait encore chevaucher pendant la législature. Ce cheval de bataille pourrait être la confrontation avec les institutions européennes, terrain sur lequel Ligue et M5S pourraient se retrouver. Pour le M5S, ce serait une volte-face par rapport à la récente politique de « normalisation » et de modération pratiquée par son leader L. Di Maio.

Le gouvernement vert-jaune doit en effet rendre compte à la Commission européenne des progrès insuffisants dans la réduction de la dette (en hausse de 131,4% en 2017 à 132,2% en 2018). La récente lettre adressée par la Commission au gouvernement italien lui demandait de lister les facteurs justifiant une telle évolution. Il s’agit là d’un passage préalable à la rédaction d’un nouveau rapport sur la dette (au titre de l’article 126/3 du Traité) qui permettrait à la Commission, probablement la semaine prochaine, d’émettre une recommandation en vue de l’ouverture d’une procédure pour dette excessive. Du déjà vu, puisqu’on se retrouve dans la situation de juin 2018, avec une Commission essayant de mettre la pression sur le gouvernement, afin qu’il révise à la baisse ses ambitions pour son projet de budget pour 2020.

Europe centrale et orientale, Asie centrale

Europe centrale : en voie d’orbanisation ?

Elections européennes de 2019

Sources : dpa-infocom, Crédit Agricole SA

Le résultat des urnes a largement conforté les ambitions nationalistes du Premier ministre hongrois Viktor Orban. Avec plus de 52% des voix, il sort en grand vainqueur de ces élections. Toutefois, et malgré l’ampleur de sa popularité, on note une légère diminution de son appui électoral par rapport aux élections de 2014 (54%).

La stratégie de l’exercice du pouvoir de V. Orban se propage de plus en plus dans les pays d’Europe centrale. Les gouvernements de plusieurs pays comme la Pologne, la Tchéquie, la Roumanie, la Bulgarie suivent presque à la lettre les réformes institutionnelles et économiques menées auparavant par le Hongrois. Néanmoins, les réactions populaires ne sont pas les mêmes partout. Alors qu’en Hongrie, les partis d’opposition peinent à percer, en raison du monopole médiatique détenu par les proches du Premier ministre ; en Roumanie, la tendance s’est justement inversée. L’opposition a remporté plus de voix aux élections européennes et le parti au pouvoir s’est vu sanctionné pour avoir reculé sur la lutte anticorruption et dégradé l’État de droit. En Bulgarie, même si la liste du pouvoir en place reste en tête des élections, le support de l’électorat a très sensiblement diminué comparé aux élections de 2014.

En revanche en Slovénie, c’est le contraire qui se produit : le candidat « orbaniste » l’emporte sur la liste de l’actuel Premier ministre.

En Pologne, le parti au pouvoir l’emporte, mais néanmoins l’opposition se renforce et la coalition enregistre 38,5% des voix, contre 45,4% pour PiS. En Tchéquie, malgré les manifestations et les accusations de fraude du Premier ministre Babis, son parti emporte largement les élections européennes, en lui ouvrant le chemin pour poursuivre sa politique à l’image de Viktor Orban. Enfin en Slovaquie, le vote aux européennes a suivi celui des présidentielles et c’est le seul pays d’Europe centrale à avoir voté un parti ouvertement pro-européen, sans que ce soit un vote de sanction comme en Roumanie. Partout ailleurs, l’orbanisation de la politique est en cours...

Notre opinion

Cette poussée de la fièvre eurosceptique en Europe centrale est toutefois très hétérogène. Elle s’appuie un peu partout sur un discours nationaliste de protection des valeurs chrétiennes et des intérêts nationaux sur un fond anxiogène de risques sécuritaires, notamment liés à la politique migratoire. L’UE est désignée comme la grande coupable, et ceci malgré l’efficience des déversements des fonds d’aide qui représentent entre 2% et 3% du PIB en moyenne. Mais la dureté du discours n’est pas le même partout et surtout la vision de la politique étrangère diverge sensiblement.

La question du soutien de la Russie est le principal point de divergence, empêchant par ailleurs une coalition entre les pays de se former. Cette divergence pèsera également sur les choix d’appartenance aux grands groupes politiques à l’intérieur de l’UE.

Lituanie : l’élection présidentielle remportée par un candidat indépendant

Dimanche dernier, les Lituaniens se sont rendus aux urnes non seulement pour choisir la liste des députés européens, mais également pour élire leur président. Gitanas Nauseda, économiste, ancien membre du conseil d’administration de la Banque centrale de Lituanie, a largement emporté le scrutin avec presque 71% des voix. Il succède à Dalia Grybauskaite, reconnue comme la « dame de fer » pour sa fermeté vis-à-vis de la Russie et qui ne pouvait se représenter pour un troisième mandat.

Notre opinion

La principale promesse de ce novice en politique porte sur la réduction des écarts de revenus entre les riches et les pauvres, ainsi qu’entre la province et la capitale. Il a également laissé entendre sa volonté d’adoucir les relations avec la Russie, à condition que la politique de cette dernière à l’égard de l’Ukraine s’améliore, tout en affirmant fermement l’appartenance du pays à l’UE et à l’Otan.

Même si l’électorat lituanien a écarté les partis eurosceptiques, Nauseda doit son élection en grande partie au fait qu’il se présente en candidat indépendant, donc hors système.

Asie

Inde : un deuxième mandat prometteur ?

Les Indiens se sont rendus aux urnes, du 11 avril et au 19 mai derniers, en sept phases, pour élire les députés et le Premier ministre.

M. Modi et son parti, le BJP, étaient donnés favoris. Néanmoins, après le revers essuyé par la formation au pouvoir face au Congrès, l'autre grand parti national, lors des scrutins régionaux de décembre dernier, d'après les sondages d’avant vote aussi, le plus probable était que le BJP l’emporte moins largement qu’en 2014 ; lui permettant tout de même de porter M. Modi à la tête du gouvernement pour un deuxième mandat, mais pas d’obtenir la majorité à la Chambre basse du Parlement sans l’appui de ses alliés traditionnels et de gouverner seul.

Il n’en est rien. Le BJP a fait mieux qu’il y a cinq ans, emportant 21 sièges de plus, emportant 303 sièges en tout, lorsque la majorité en requiert 272. La victoire est d’autant plus écrasante qu’elle n’était pas attendue ainsi. Sans compter qu’avec les partis se rangeant habituellement aux côtés du BJP, M. Modi et son nouveau gouvernement pourront compter sur l’appui de 353 députés (sur un total de 545).

Notre opinion

Un BJP affaibli, lesté par les desiderata d’autres partis, laissait craindre discussions et compromis pour établir le budget, faire avancer les dossiers visant à améliorer le cadre des affaires, rédiger et faire approuver les textes de loi... Bref, (laissait craindre) quelques inconsistances dans la conduite de la politique économique et des lenteurs pour réformer l'économie.

Au contraire, avec ces résultats électoraux, on peut s'attendre à des avancées pour améliorer l'environnement général des affaires, « rationaliser » les dépenses et les recettes budgétaires, réformer en profondeur l’économie… Du moins, relativement plus que dans le cas de figure précédent, un BJP forcé de composer avec une coalition.

Un deuxième mandat prometteur, donc ? Notons ici quelques réserves. En rappelant, pour commencer, le bilan économique en demi-teinte du premier mandat de M. Modi. Il y a bien sûr eu l’introduction d’une loi sur les faillites et la réforme de la GST, visant à simplifier et uniformiser à l'échelon national le système de taxes sur les biens et les services. Mais précisons que cette dernière a été mise en place de façon précipitée, perturbant au passage de nombreuses petites structures entrepreneuriales, lorsque le régime de taxes sur les biens et les services reste marqué par quelques complexités et des spécificités régionales. Évoquons aussi, et surtout, la croissance, certes soutenue au regard de nos standards européens, mais pas suffisante pour créer les emplois nécessaires pour absorber tous les nouveaux arrivants sur le marché du travail ; l’investissement privé, qui a manqué de vigueur ; (et pour cause) les banques publiques dont les bilans sont restés grevés par d’importantes créances douteuses ; ou encore le flop du retrait de la circulation des billets de 500 et 1 000 roupies du jour au lendemain (c’était en novembre 2016 et cela avait fortement perturbé l’activité, sans pour autant mettre un coup aux corrupteurs et aux corrompus).

Par ailleurs, le BJP ne dispose toujours pas de la majorité à la Chambre haute du Parlement. Il n’est bien sûr pas impossible qu’il l’obtienne dans les cinq années à venir, au fil des élections régionales qui ponctueront cette période. Mais il y a encore peu de visibilité sur cette éventualité dans l’immédiat et en attendant, avancer sur la réforme foncière et sur celle du marché du travail, toutes deux perçues comme nécessaires pour débloquer le potentiel de croissance de l’Inde, ne sera sans doute pas facile.

Enfin, M. Modi s’est en partie fait réélire sur des questions sécuritaires, identitaires, nationalistes hindous ou sur des promesses économiques qui seront difficiles à tenir ou à financer (alors qu’il était mis en défaut par le taux de chômage élevé et la détérioration des conditions de vie/du pouvoir d’achat des fermiers au cours du passé récent). De quoi s’interroger sur l’action du nouveau gouvernement et, en tout cas, entrevoir (craindre) quelques freins à l’ouverture plus avant de l’économie indienne (aux investisseurs étrangers ; d’autant que le BJP et M. Modi ont bénéficié de très larges soutiens financiers de la part de nombreuses entreprises indiennes… qui pourraient attendre quelque chose en retour…), une politique économique qui pourra occasionnellement montrer quelques incohérences ou verser dans le populisme, et encore l’hindouisation plus ou moins progressive de la société et des institutions indiennes, au risque de fragiliser ces dernières (qui l'ont déjà été ces cinq dernières années avec la concentration des pouvoirs autour du Premier ministre et de ses proches) et les principes de pluralisme culturel et de tolérance du pays. Cela sera en tout cas à suivre.

Et pour l’heure, considérons ce deuxième mandat comme prometteur. Anticipons le renforcement, somme toute (très) graduel, de l’économie indienne. Mais ne soyons pas béats face à la grandeur apparente de M. Modi et sa capacité à faire progresser l’éléphant indien.

Afrique du Nord, Moyen-Orient

Liban : un budget comme un premier pas vers plus de rigueur

Liban : finances publiques

Sources : EIU, Crédit Agricole SA

Le budget 2019 vient d’être élaboré, validé en Conseil des ministres et doit être approuvé par le Parlement. Son élaboration et son approbation au Parlement est une exigence des pays qui ont promis, l’année dernière, de soutenir financièrement le Liban à hauteur de 11 Mds USD.

Ce budget promet de mettre graduellement le Liban sur la voie d’un redressement des comptes publics et d’initier une décroissance de la dette en baissant progressivement le déficit budgétaire (un objectif de 1% de PIB par an en moins chaque année). Il y a urgence, car la dette publique atteint 150% du PIB fin 2018, l’un des niveaux les plus élevés du monde pour un pays émergent.

Pour y parvenir, le gouvernement envisage d’agir sur différents leviers à sa disposition. Les dépenses sont estimées à 17,2 Mds USD en incluant un soutien financier de 1,7 Md USD à Electricité du Liban (EdL), soit l’équivalent de 26% du PIB. L’aide fournie à EdL est significative et en hausse, car après avoir consommé 9,4% des dépenses publiques en 2018, elle pourrait passer à 11% en 2019. En mars dernier, le gouvernement a lancé une vaste réforme de l’électricité et une réorganisation de l’entreprise publique en grave difficulté opérationnelle et financière. Concernant les investissements, ils représentent 6% du budget.

Les recettes budgétaires, de leur côté, s’établiraient à 12,6 Mds USD. Le pays reste très peu fiscalisé avec des recettes qui ne représentent que 21% du PIB (pour une moyenne de 49% dans l’Union européenne).

Au total, le déficit budgétaire devrait atteindre 7,6% du PIB (mais avec des recettes toujours inférieures de 27% aux dépenses). Cet objectif ambitieux est un peu plus contraignant que les premières estimations qui tablaient sur 9% du PIB. Mais le déficit a atteint 11% du PIB en 2018 et des interrogations se font jour sur le respect de cet objectif. Le budget a été élaboré avec une hypothèse de croissance du PIB sans doute un peu optimiste de 1,75% en 2019.

Par ailleurs, l’État envisagerait d’émettre des titres souverains qui procureraient une rémunération de 1% par an. Les titres souverains actuels offrent un taux de rendement de 11,2%. Le gouvernement ne dit pas quels seraient les investisseurs potentiels et s’ils existent.

La perception externe de ce budget reste donc très prudente, voire un peu défavorable.

L’agence de rating Standard & Poor’s vient d’émettre un avis mettant en doute la capacité du pays à lutter efficacement contre le déficit budgétaire et à faire baisser sa dette publique, insuffisante, selon elle, pour restaurer la confiance des déposants nonrésidents et des investisseurs étrangers. Les marchés financiers partagent les mêmes préoccupations, puisque le prix de la prime de risque sur le souverain (prix du CDS à cinq ans) est remonté à 861 pdb (8,6%) fin mai 2019, son plus haut niveau depuis janvier dernier.

Notre opinion

Après des années de dérives et d’absence de budget officiel approuvé par la classe politique, ce premier exercice depuis de nombreuses années a déjà, en soi, le mérite d’avoir été élaboré. Il devrait effectivement permettre de débloquer au moins une partie de l’aide extérieure promise. Toutefois, la capacité du gouvernement à mobiliser tous les acteurs pour atteindre l’objectif va nécessiter des engagements et sans doute plus de responsabilité de la part des différentes parties prenantes.

La détention de la dette publique à hauteur de 31% par la Banque centrale depuis quelques années illustre la défiance des investisseurs, mais peut-être aussi, et c’est ce qu’il convient de bien identifier, celle de la diaspora. La relative stabilité des dépôts des non-résidents dans le système bancaire ne signale pas une hausse de cette défiance. Néanmoins, la perception du risque « Liban » reste dans les zones de relatif danger, tant que l’aide des multilatéraux tardera à venir.

Afrique sub-saharienne

Malawi : Peter Mutharika réélu pour cinq ans à la tête du pays

La Haute Cour de Lilongwe a officialisé le 27 mai, après deux jours de retard suite à des soupçons d’irrégularités, la victoire du président sortant. Peter Mutharika du Parti Démocrate Populaire (PDP) est élu avec une faible avance (38,6% des voix, contre 35,4% pour son rival), Lazarus Chakwera du principal parti d’opposition (Parti du Congrès du Malawi, MPC). Saulos Chilima, ancien viceprésident, qui a récemment démissionné du PDP et créé un nouveau parti, le United Transformation Movement (UTM), a terminé troisième avec 20,2% des voix. Le taux de participation est élevé à 73% et en hausse, alors qu’il était de 70% en 2014 et 62% en 2009.

Notre opinion

Le bilan de Peter Mutharika est quelque peu contrasté. S’il a favorisé le développement des infrastructures routières, sa présidence aura aussi été marquée par les pénuries de nourriture, les coupures d’électricité et surtout les scandales de corruption. Si ce dernier avait fait de la lutte contre ce fléau son principal argument de campagne en 2014, il ne s’est pas révélé capable de la faire baisser.

Les élections législatives se tenaient également le 21 mai dernier. Selon la Commission électorale, le parti du président sortant arrive en tête devant la formation de L. Chakwera, le PDP obtiendrait ainsi 62 des 193 sièges, contre 48 lors du scrutin de 2014.

Zambie : Moody’s détériore le rating de Caa1 à Caa2 et la perspective de stable à négative

L’agence de notation Moody’s a dégradé la note de la Zambie à Caa2, ainsi que la perspective de stable à négative. Le pays est de plus en plus proche du défaut souverain. Les deux autres agences de notation ont également récemment dégradé le rating du pays à B- pour S&P en février et également à Bpour Fitch en octobre 2018, les deux notations affectées d’une perspective négative.

La notation de Moody’s est de deux crans inférieure aux autres agences et Moody’s explique cette dégradation par l’accroissement des vulnérabilités externes et des problèmes de liquidité qui entravent la capacité du pays à assurer le service de sa dette externe à moyen terme.

Les réserves de change sont tombées à 1,3 mois d’importations et sont bien inférieures au seuil d’adéquation de 3 mois d’importations. De plus, les réserves risquent de continuer à fondre en l’absence de restructuration de la dette bilatérale auprès de certains créanciers (dont la Chine) et de programme du FMI.

Notre opinion

Selon les dernières statistiques officielles du pays, la dette extérieure a fortement augmenté de 8,7Mds USD en 2017 à 10 Mds USD fin 2018, à environ 70% du PIB en 2018 (soit plus de 200% des exportations, niveau bien supérieur au seuil d’alerte à 150%). Cette augmentation résulterait en particulier de la dépréciation du kwacha par rapport au dollar.

L'économie zambienne peine à rassurer. Le pays s'attend en 2019 à une croissance du PIB inférieure à 3%, en baisse par rapport aux 3,7% de 2018. Cette mauvaise performance est imputée à des conditions météorologiques défavorables à la production agricole et à des difficultés dans le secteur de l'énergie. En 2018, le déficit budgétaire de la Zambie s'est élevé à 7,5% du PIB (plus que les 7% prévus par le gouvernement). Par ailleurs, le faible montant des réserves de change confirme le bien-fondé des inquiétudes du FMI qui a averti le pays d'un risque de surendettement et de pénuries de devises.

Afrique du Sud : La Banque centrale maintient le taux directeur à 6,75%

Après l’augmentation de 25 points de base en novembre 2018, la Banque centrale (SARB) a décidé de maintenir le taux directeur à 6,75% lors du comité de politique monétaire fin mai, en raison de la tendance à la baisse de l’inflation.

Le pays a enregistré une inflation de 4,4% en avril, contre 4,5% en mars, alors que la fourchette cible de la SARB se situe entre 3 et 6%. Sur l’ensemble de l’année 2019, la Banque centrale prévoit désormais un taux d’inflation de 4,5%, en baisse par rapport à une précédente prévision de 4,8%.

La SARB a, par ailleurs, revu à la baisse ses prévisions de croissance économique pour 2019 et ne table désormais que sur une croissance de 1% du PIB, contre une précédente estimation de 1,3% en mars.


Pôle Études Économiques Crédit Agricole